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Maladie de newcastle au Bénin : Une bataille cruciale contre un fléau endémique

En plein essor depuis quelques années avec en point d’orgue, une interdiction d’importation de poulets congelés depuis fin 2024 pour stimuler la filière nationale, l’aviculture constitue une source essentielle de revenus et de sécurité alimentaire pour de nombreuses familles béninoises. Face aux nouveaux enjeux, les acteurs de la filière s’organisent pour relever les défis sanitaires dont la maladie de Newcastle, qui décime certains cheptels et fragilise l’économie rurale.

Aussi appelée pseudopeste aviaire ou peste aviaire, la maladie de Newcastle est une maladie virale très contagieuse qui attaque le système respiratoire, digestif et nerveux de la volaille. Visée par le code sanitaire pour les animaux terrestres de l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA), cette maladie fait partie des maladies à déclaration obligatoire auprès de l’organisation. Endémique en Afrique de l’Ouest, y compris au Bénin, le Newcastle Disease Virus (NDV) circule sous des formes vélagènes capables de provoquer une morbidité et une mortalité pouvant atteindre 100% chez les volailles non vaccinées. Au Bénin, sa  présence (depuis 1970, ndlr) se renforce particulièrement dans les élevages traditionnels. Selon Dr Victor Allanonto, chef du service santé animale à la Direction de l’Élevage, cette épizootie fait partie des affections animales « surveillées en permanence » sur tout le territoire béninois et reste endémique, avec des cas signalés chaque année dans toutes les zones d’élevage.

Dr Victor ALLANONTO, Chef  Service santé animale à la Direction de l’Élevage

Signes cliniques sur le terrain

Sur le terrain, la maladie de Newcastle se manifeste par plusieurs signes cliniques caractéristiques. Les sujets infectés présentent notamment des éternuements, des écoulements nasaux ou oculaires, une perte d’appétit, des diarrhées verdâtres ou blanchâtres, une chute de ponte chez les poules pondeuses, des troubles nerveux ainsi qu’une forte mortalité. À ces symptômes s’ajoutent des changements visibles de comportement. Gislain Houansou, éleveur de volaille et professeur en production et santé animale dans les lycées techniques du Bénin, explique que la maladie peut aussi se reconnaître à l’attitude des animaux. « Il y en a qui ont du torticolis, c’est-à-dire qu’ils ont leurs cous repliés sur eux-mêmes. Il y en a qui ont des troubles nerveux, il y en a qui ont des troubles respiratoires », dit-il.

De son côté, Célestine Dagba, responsable du centre vétérinaire Univers Veto, précise que la nature des signes dépend du système atteint. Les atteintes digestives se traduisent par des diarrhées verdâtres et une perte d’appétit. Les atteintes respiratoires provoquent des éternuements, des difficultés respiratoires et des écoulements nasaux ou oculaires. Enfin, les atteintes nerveuses se manifestent par des paralysies et un torticolis.

Célestine DAGBA , Responsable du centre vétérinaire Véto Univers

Causes, modes de transmission et facteurs de persistance

Sur le plan scientifique, la maladie de Newcastle est causée par un paramyxovirus (avian paramyxovirus type 1, APMV-1) hautement contagieux. Elle se propage par voie aérienne ou par aérosols, par les plumes ou par contact direct avec des volailles infectées. « Elle se transmet par contact direct entre un sujet atteint dans le cheptel et un sujet non atteint (…) Les volailles peuvent également être infectées par aérosol, c’est-à-dire en respirant des particules virales », explique Claude Cakpo, éleveur de volaille au centre Songhaï à Porto-Novo. Cependant, au-delà des mécanismes biologiques, plusieurs facteurs structurels tels que le mode d’élevage en divagation des volailles familiales, le convoyage des sujets et infectés et des sujets sains ensemble vers les marchés, et le maillage vétérinaire encore incomplet favorisent la persistance du virus. Dans ces conditions, la biosécurité reste difficile à appliquer, ce qui favorise une circulation silencieuse du virus.

Sujet complètement atteint de la maladie de Newcastle

Des pertes lourdes pour les éleveurs

Les conséquences de la maladie de Newcastle sont particulièrement lourdes pour les aviculteurs béninois. Lorsqu’un foyer survient, les pertes peuvent être rapides et massives. « De décembre 2023 à mars 2024, nous avons perdu au moins 70% des volailles (…) », confie Claude Cakpo. Selon Dr Allanonto, une évaluation réalisée en 2020 estime les pertes économiques à plus de 8 milliards de francs CFA par an au Bénin. Au-delà de la mortalité, l’épizootie entraîne une chute de ponte, un retard de croissance et un affaiblissement général des sujets. « Si vous avez cette mortalité, c’est une grande perte économique pour les éleveurs que nous sommes », ajoute Gislain Houansou.

Entre initiatives individuelles et stratégie publique, la riposte s’organise

Face à cette situation, la vaccination demeure la principale stratégie de lutte. « Tout le monde sait maintenant que le Newcastle ne pardonne pas (…) il faut faire de la prévention et c’est la vaccination », rappelle Célestine Dagba. Claude Cakpo précise le protocole appliqué dans son exploitation : « quand ils n’ont pas encore deux mois, les volailles reçoivent des vaccins dans de l’eau, mais après deux mois, ils reçoivent le vaccin injectable ».

En complément, l’isolement des sujets suspects est recommandé. « Si vous voulez prévenir la maladie de Newcastle, il faut faire la vaccination », explique Gislain Houansou. Au-delà de la vaccination, la lutte repose sur le respect rigoureux des mesures de biosécurité, la désinfection régulière des équipements et la formation continue des éleveurs aux bonnes pratiques.

Morel GOUKOUE

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