Face aux défis persistants de compétitivité, d’accès aux intrants et de fixation des prix, la filière riz du Bénin se dote d’une nouvelle interprofession avec l’élection de Pascal Gbenou à la tête de l’IFRIZ-B. Cette interprofession marque un tournant majeur, avec le soutien affiché de l’État et des partenaires pour professionnaliser et structurer durablement le secteur.
Après des années de tâtonnements, la filière riz amorce une nouvelle phase de structuration. Cette dynamique s’est concrétisée ce mardi 30 septembre 2025, lors d’une assemblée générale ordinaire et extraordinaire tenue à la Chambre nationale d’agriculture du Bénin (CNA-B), faisant suite au lancement officiel du processus de réorganisation le 29 juillet. Cette rencontre marque l’aboutissement d’un processus de fond, incluant la révision des textes fondamentaux en retraite, l’élaboration du projet d’accord-cadre avec le gouvernement, et une série de campagnes de sensibilisation sur le terrain. À l’issue des travaux, Pascal Gbenou, producteur, a été élu président de la nouvelle interprofession baptisée Interprofession de la Filière Riz du Bénin (IFRIZ-B). Il sera épaulé par Augustine Agbanrin, transformatrice de riz, élue vice-présidente. D’autres représentants des deux familles ont également été désignés pour siéger au conseil d’administration et au conseil de surveillance.
C’est la fin d’une longue « traversée du désert » pour la filière riz, qui entre désormais dans une phase de professionnalisation durable, à l’instar des filières l’anacarde, le soja ou le palmier à huile déjà restructurées. « L’IFRIZ-B sera donc l’organe de dialogue, de concertation et de co-construction entre les acteurs et l’État, afin d’assurer une meilleure cohérence dans les politiques et investissements », a déclaré Hermann Imali Djetta, Président de la CNA-B. Ce faisant, les défis liés à la dépendance aux importations, à la compétitivité et à la qualité doivent désormais appartenir au passé.
Si l’enthousiasme est bien réel, les défis restent nombreux. Les producteurs dénoncent notamment une rupture d’urée, un intrant crucial pour les cultures, dans les boutiques SODECO comme à Adja-Ouèrè. « C’est une difficulté majeure. Nous ne savons pas encore comment y faire face », confie Barthélémy Godonou, président de l’Union Départementale des Riziculteurs (UDR) du Plateau. Et comme l’a souligné Maxime Yao Gounse, Secrétaire général adjoint du ministère de l’agriculture, les principaux défis de l’interprofession concerne l’accompagnement des producteurs, notamment en ce qui concerne l’accès aux facteurs de production. Autre attente pressante : la défense des intérêts lors de la fixation des prix du riz, un sujet sensible qui affecte directement les revenus des producteurs.
Lors de l’assemblée, l’État, à travers le ministère de l’agriculture, ainsi que plusieurs partenaires techniques, ont réaffirmé leur soutien à la filière. « La création de cette interprofession […] nous engage, en tant que partenaire, à poursuivre notre accompagnement, en écoutant vos priorités et en adaptant nos appuis à vos réalités », a déclaré Dr. Idrissou Bako, coordonnateur national du Projet de Développement Intégré des Chaînes de Valeurs Agricoles (PDI-CVA), avant de préciser que l’initiative mettra quatre accompagnements clés au profit de l’IFRIZ-B. Il s’agit du renforcement des capacités institutionnelles de l’interprofession ; de l’appui à l’élaboration de stratégies sectorielles claires et concertées ; de l’accompagnement dans la mobilisation des ressources pour répondre aux besoins des acteurs. Et pour finir, il est prévu un soutien à l’accès au financement pour des projets structurants au bénéfice des producteurs, des transformateurs et des autres maillons de la chaîne.
La cohésion entre producteurs, transformateurs et partenaires publics ou privés sera déterminante pour faire du riz béninois un produit de qualité, compétitif et durable. Pour rappel, la production du riz a grimpé de 204 310 tonnes en 2016 à plus de 525 000 tonnes en 2023 pour un objectif de 1 million de tonnes d’ici 2026.
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