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Santé des sols: L’agroécologie pour une production agricole durable

Du 7 au 10 avril 2026, la ville de San Pedro, en Côte d’Ivoire, a abrité le premier Salon mondial de l’agroécologie. Chercheurs, producteurs et organisations internationales se sont penchés sur la nécessité de produire sans épuiser les sols ni dépendre des produits chimiques.

Pour assurer la sécurité alimentaire mondiale et garantir une production agricole durable, l’agroécologie est devenue cruciale. En travaillant avec la nature, elle permet de restaurer la santé des sols, de préserver l’eau, de stimuler la biodiversité et de renforcer la résilience des cultures face aux changements climatiques. Compost, biodiversité, élevage ! Ces leviers, mêlant savoir-faire paysans et innovations scientifiques, permettent à l’agroécologie de s’imposer comme une réponse concrète aux crises agricoles actuelles. Comme le témoigne certains acteurs, cette transition est avant tout humaine. « Ma satisfaction personnelle, c’est de savoir que nous pouvons faire une pépinière d’abeilles… », dixit Konan Michaelle, membre du Réseau des femmes braves de Côte d’Ivoire (REFEB). Pour elle, il n’est plus question de grandes politiques agricoles ni de négociations internationales. Elle préfère parler d’abeilles, de miel, de revenus possibles pour des femmes privées de terres. Pour Dr Kwaku Asante, chercheur au Conseil de la recherche scientifique et industrielle du Ghana, l’agroécologie se présente comme une alternative crédible pour atténuer les effets des phénomènes environnementaux. « Avec le changement climatique, la dégradation des sols et l’utilisation excessive des produits chimiques, l’agroécologie apparaît comme une solution fédératrice », explique-t-il.

De la gauche vers la droite, Balkissa DAOURA, Secrétaire executive de la COPAGEN
et Saida Hammami , Coordonatrice du comité scientifique du SMAE

Les déchets agricoles comme socle

L’un des principes les plus évoqués durant le salon concerne le recyclage de la biomasse agricole. Dans de nombreuses exploitations africaines, les résidus de récoltes sont encore brûlés ou abandonnés. Une pratique qui détruit progressivement les micro-organismes du sol et contribue aux émissions de gaz à effet de serre. L’agriculture biologique propose au contraire de transformer ces déchets en ressources utiles grâce au compostage, au biochar ou au vermicompost. Les résidus végétaux et les déjections animales sont ainsi réintroduits dans le cycle de production afin de nourrir naturellement les terres Dr N’Guetta Moïse, spécialiste des vers de terre à l’Université Nangui Abrogoua de la Côte d’Ivoire, a mis en avant les bénéfices du lombricompostage, une technique utilisant des vers de terre pour accélérer la décomposition des matières organiques et produire un compost plus sain. Selon lui, ces organismes améliorent la structure et la fertilité des sols, favorisent l’infiltration de l’eau et contribuent aussi à réduire certains métaux lourds présents dans les déjections animales utilisées comme fertilisants, permettant ainsi une agriculture plus saine et moins risquée pour la santé.

La santé des sols, un enjeu crucial

Au fil des échanges, un autre constat s’est imposé. La santé des sols devient une urgence agricole majeure en Afrique de l’Ouest. « Dans le sol, il y a toute une vie », rappelle la microbiologiste sénégalaise Dr Fatou Diouf, référente agroécologie à l’ONG Eclosio. Bactéries, champignons, vers de terre et autres micro-organismes participent naturellement à la fertilité des terres et à la croissance des plantes. Mais les pratiques agricoles intensives perturbent cet équilibre biologique. « Aujourd’hui, on récupère la production mais aussi toute la biomasse, qui n’est plus retournée au sol », observe-t-elle. Résultat, les terres perdent progressivement leur capacité naturelle à nourrir les cultures. Pour restaurer la vie souterraine, l’agroécologie mise sur des solutions organiques comme les biofertilisants ou les inoculants microbiens.

La question de l’eau a également occupé une place importante dans les discussions. Dans la riziculture par exemple, certaines techniques agroécologiques comme l’irrigation alternée ou le système de riziculture intensive (SRI) permettent de réduire la consommation d’eau tout en améliorant l’absorption des nutriments par les plants de riz. Ces méthodes limitent également le recours excessif aux engrais chimiques. L’agroécologie ne se limite pas aux cultures végétales. Elle touche également l’élevage. Pour Dr Kwaku Asante, certaines pratiques agroécologiques permettent même de réduire les émissions de méthane issues des activités agricoles. Dans les systèmes d’élevage, offrir aux animaux une alimentation adaptée, des espaces ombragés et des conditions plus naturelles contribuerait à diminuer fortement leurs émissions polluantes. À travers ces exemples, les participants ont voulu montrer que l’agroécologie cherche surtout à reconstruire des équilibres naturels capables de préserver les sols, l’eau, la biodiversité et le climat. « L’agroécologie est comme la seule alternative dans des cas d’atténuation, ou d’autres cas d’adaptation aux effets du changement climatique », soutient Cédric Armel Konan, Commissaire générale du SMAE.

Cédric Armel KONAN, Commissaire général du SMAE

Entre savoirs paysans et innovations scientifiques

Contrairement à certaines idées reçues, l’agroécologie ne repose pas uniquement sur des pratiques anciennes. Le SMAE 2026 a montré qu’elle associe souvent connaissances paysannes et innovations scientifiques. Des chercheurs ivoiriens ont présenté des travaux d’ethnobiologie montrant comment certaines communautés identifient la qualité des sols grâce à des indicateurs transmis de génération en génération.

D’autres communications ont porté sur des solutions plus modernes. Une plateforme numérique (SOLAB) veut permettre aux agriculteurs d’analyser les sols, d’intégrer les données climatiques et de mieux choisir les sites de production. Les échanges ont aussi mis en avant des techniques simples mais adaptées aux réalités locales comme les cultures associées avec le mucuna ou l’utilisation de ficelles pour remplacer le bois dans le tuteurage des concombres.

Remise d’attestation de participation au SMAE 2026

L’agroécologie veut désormais parler d’une seule voix

Au-delà des pratiques agricoles, le salon a révélé une volonté de mieux structurer le mouvement agroécologique en Afrique de l’Ouest. Plusieurs organisations ont insisté sur la nécessité d’harmoniser les actions et de formuler un plaidoyer commun face aux politiques agricoles dominées par l’agriculture intensive. La Coalition pour la protection du patrimoine génétique africain (COPAGEN) a présenté une stratégie régionale de plaidoyer en faveur de l’agroécologie. Celle-ci met l’accent sur la promotion des biointrants, le soutien aux semences paysannes et le développement d’alternatives biologiques aux pesticides chimiques. Une charte régionale de l’agroécologie a également été présentée afin d’unifier les approches et faciliter le dialogue entre chercheurs, producteurs et décideurs politiques.

Cette volonté de structuration s’est traduite par la création d’un Forum mondial de l’agroécologie (FOMAE) destiné à renforcer les échanges entre scientifiques, producteurs et organisations paysannes. « On vise surtout les femmes et les jeunes parce que ce sont les abeilles, si on veut parler de l’agriculture écologique. Donc, on cherche à les appuyer par la création des petits projets agroécologiques, par l’accompagnement, par des suivis. Donc, l’exercice va être sur le terrain et après, la science va améliorer la pratique agricole vers une transition écologique », explique Saida Hammami, Coordonatrice du comité scientifique du SMAE

Auriol HOUDEGBE

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