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Tabaski 2025 : Les moutons à des prix presque prohibitifs

À la veille de la fête de Tabaski, plusieurs points de vente de moutons à Cotonou tournent au ralenti. Malgré l’abondance de bêtes et les efforts marketing des vendeurs, les clients se font rares et les achats à compte-goutte au regard de la situation économique du pays. De Dantokpa à Akpakpa (Abattoir) en passant par Zongo, l’inquiétude se lit sur tous les visages.

Entre hausse des prix, difficultés d’approvisionnement et contexte économique tendu, les fidèles musulmans peinent à s’offrir le précieux sésame de la Tabaski. Cette fête, également appelée fête du sacrifice, est une institution majeure de l’islam. Symbole de la foi du fidèle, le sacrifice rituel est un devoir pour tout musulman disposant des moyens nécessaires. Il consiste à immoler un mouton ou tout autre animal autorisé (chèvre, bœuf ou chameau) en signe de soumission et de gratitude envers Allah.

À la veille de cette fête, le constat est désolant dans les marchés à bétail : les clients se font rares malgré une offre plus abondante que jamais. En effet, selon les données de la Direction de la Statistique Agricole (DSA), le cheptel ovin au Bénin est passé de 2 500 613 têtes en 2022 à 2 572 970 en 2023 tandis que le cheptel bovins compte 2 528 241 têtes en 2023, contre 2 313 666 en 2022, soit une progression de 9,3 %.Ces chiffres témoignent d’un secteur de l’élevage en pleine expansion, avec une disponibilité croissante du bétail sur le territoire national. Une offre locale renforcée par l’importation des espèces sahéliennes en provenance du Burkina Faso ou du Mali.

Dantokpa : à l’heure des espoirs suspendus

A Dantokpa, plus grand marché d’Afrique de l’Ouest, habituellement animé par l’effervescence des acheteurs de moutons en cette période, c’est un visage étonnamment calme qui se dessine cette année. Sur un premier site visité, les vendeurs, confrontés à l’absence de clients, ont dû abandonner leurs stands fixes pour aller proposer leurs bêtes à travers les allées du marché. Parmi eux, un vendeur de chameau qui, au lieu d’être objet de discussion de vente, est devenu le sujet d’attraction des habitués du marché, amusés à lui lancer de la nourriture ou à le prendre en photo.

Tabaski
Le chameau qui mange des peaux d’orange

Sur un deuxième site, l’ambiance est à l’attente. Ici, l’on trouve une centaine de moutons  toutes espèces confondues, tous en provenance de Banikoara (ndlr) à un prix presque dérisoire compris entre 20 000 et 30 000 francs CFA. En attendant le prochain client, les vendeurs tuent le temps en conversations, assis à l’ombre de leurs hangars, pendant que les moutons broutent paisiblement. L’inquiétude se lit sur chaque visage, même dans ce stand pourtant ouvert tous les jours de l’année.

« Le marché est très fade cette année. En une semaine, à peine dix personnes viennent véritablement acheter un mouton. Le reste, ce sont des curieux qui disent revenir… mais ne reviennent pas », confie l’un des responsables du site, d’un air triste mais résigné. Selon ses explications, à pareil moment l’année dernière, ils n’avaient pas de temps de repos à cause de l’importante affluence des clients.

À quelques pas, sur un troisième site, le décor est plus sobre. Peu de bêtes, encore moins de clients. Le vendeur, assis sur un tabouret, le menton entre les mains, tout pensif, regarde l’horizon comme s’il guettait un miracle. Devant lui, les moutons broutent tranquillement, inconscients du poids qui pèse sur leur propriétaire.

Zongo : des enclos pleins, des mains actives… mais peu d’acheteurs

Tabaski
Arouna Alyou essayant d’enfoncer un pique dans le sol

À Zongo, devant le lieu-dit « Port Sec », les vendeurs sont affairés. Ici, ils sont cinq, entourés de leurs proches venus leur prêter main-forte. Pas de place pour de vaines discussions. Enfants, jeunes, adultes mettent la main à la pâte pour terminer les enclos de circonstance. Certains creusent des trous, d’autres posent les piquets, pendant que d’autres encore surveillent les bêtes et leur alimentation. Pendant ce temps, les vendeurs en âge de négocier sont à la manœuvre pour convaincre une dame d’acheter. Peine perdue : elle repart bredouille.

Une quarantaine de bêtes sont exposées çà et là. D’autres se reposent en ruminant, tandis que certaines sont en train de s’alimenter. Si la circulation est dense, les enclos à moutons bien dressés et les bêtes visibles, les clients, eux, se font attendre. Autrefois plus d’une vingtaine de vendeurs occupaient le site. Aujourd’hui, ils ne sont plus qu’une dizaine. « Je vends ici chaque année à l’approche de la Tabaski. D’habitude, les dix derniers jours, les ventes commencent vraiment. Mais cette année, j’ai l’impression que ça traîne. Ils viennent sonder le marché, et font leur programme », déclare Arouna Alyou, vendeur de moutons à Zongo.

À l’instar des deux premiers lieux visités, le site d’Abattoir dans le quartier d’Akpakpa vit aussi des heures calmes. Pas encore d’effusions sanglantes ni de bêlements d’agonie : le 6 juin n’est pas encore arrivé. Les moutons, eux, sont bien vivants, attachés en ligne ou regroupés sous des bâches de fortune, attendant, comme leurs maîtres, qu’un acheteur s’y intéresse. L’inquiétude grandit chez les vendeurs, nombreux à s’interroger sur cette attente prolongée, qui contraste fortement avec l’ambiance des années précédentes.

Des prix en hausse, des clients réticents

Au fil des discussions sur les différents points de vente, un constat revient : les clients jugent les prix des moutons trop élevés cette année, ce qui freine les ventes. À Zongo, par exemple, les moutons se négocient entre 75 000 et 500 000 francs CFA, des montants jugés trop élevés par rapport au budget de nombreux ménages. Même à Dantokpa, considéré comme plus accessible, le prix le plus bas démarre à 45 000 francs CFA. Une hausse notable quand on sait que l’année dernière, il était encore possible d’acheter un mouton dès 35 000 francs CFA. Cette flambée des prix contribue fortement à la baisse de la demande. « Ils regardent les bêtes, ils demandent les prix, mais dès qu’on leur dit, ils tournent les talons », rapporte un vendeur d’Abattoir. Une réaction que tous les vendeurs interrogés disent comprendre, tout en rappelant que cette flambée des prix ne dépend pas entièrement d’eux.

Un mouton de 500 000 FCFA à Zongo

La fermeture de certaines frontières, notamment entre le Niger et le Bénin, a rendu l’acheminement des bêtes importés plus compliqué et plus coûteux. « Avant, les bêtes venaient facilement du Niger en passant par le Nigéria, mais cette année, ce n’est plus possible. Du coup, les frais ont grimpé », explique Bachirou.

À cela s’ajoutent la hausse du coût de l’alimentation animale, ainsi que les charges liées à l’entretien et à la logistique. Résultat : les vendeurs sont contraints de fixer des prix plus élevés, pour éviter de vendre à perte. Une inflation que de nombreux clients ne peuvent ou ne veulent pas assumer, surtout dans un contexte économique tendu pour de nombreuses familles.

Si quelque chose n’est pas encore perdu, c’est bien l’espoir. Tant qu’il reste des heures avant la Tabaski, tout peut encore changer. « Peut-être qu’ils viendront ou pas. On verra », lâche Arouna Alyou, mi-souriant, mi-résigné.

Auriol HOUDEGBE

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