Plante issue de la famille des fabacées dont les fruits comestibles sont contenus dans des gousses et souvent appelées « légumes secs », les légumineuses sont des espèces végétales à fortes propriétés nutritionnelles et régénératives pour les sols mais très peu prisés par les producteurs car n’ayant pas de grandes valeurs commerciales. Le Togo à l’instar d’autres pays de l’Afrique de l’Ouest, abrite dans ses terroirs, une multitude de légumineuses dont le voandzou, le niébé, le pois d’Angole, le lablab, etc. Malgré leurs potentiels, les légumineuses sont négligées et il apparait nécessaire voire indispensable de les redécouvrir et de les valoriser.
Les légumineuses constituent un levier agricole important pouvant propulser la sécurité alimentaire au Togo. Toutefois ces variétés locales sont marginalisées soit au détriment des cultures de rente, soit au détriment des produits importés. Même si le soja et l’arachide font exception à la règle car ayant une forte valeur ajoutée sur le marché mondial, le constat est amer et alarmant.
Les légumineuses comme le niébé maintiennent une présence solide dans les zones rurales avec une production annuelle qui avoisine les 300.000 tonnes. Le voandzou et le pois d’Angole quant à eux sortent peu à peu de l’ombre au Togo grâce au Programme de Productivité Agricole en Afrique de l’Ouest (PPAAO-Togo), qui a permis de distribuer des semences améliorées à haut rendement (jusqu’à 2 tonnes/hectare contre 1 tonne/hectare auparavant) à plus de 10 000 producteurs, avec des moyennes qui varient entre 400 et 800 kg/ha dans les régions de la Kara et des Savanes. Cependant, ces légumineuses ne sont pas consommées par la grande masse si ce n’est dans les villages et contrées reculés du pays. Dans les villes et localités urbaines, ces aliments sont considérés comme des nourriture de pauvres.

Le renouveau stratégique des légumineuses
Longtemps reléguées au rang de cultures secondaires, ces espèces révèlent aujourd’hui des propriétés nutritionnelles et agronomiques à faire pâlir d’envie d’autres produits agricoles. Les experts sont unanimes sur ces valeurs. Selon les travaux de l’ITRA intitulés « Valeur nutrition/ santé de quelques espèces de légumineuses alimentaires mineures au Togo », le voandzou est considéré comme un aliment complet, contenant des acides aminés essentiels comme la méthionine, souvent absente des autres végétaux. « Le niébé reste la protéine de référence pour les couches sociales modestes », s’exclame Essohouna Modom Banla. En plus de leur richesse en fer et en zinc, le pois d’Angole joue un rôle clé dans la prévention de certaines maladies grâce à sa teneur en minéraux, offrant ainsi une réponse locale et naturelle aux défis de santé publique au Togo en 2025. On pourrait alors se demander pourquoi ce désintérêt de la population pour leur consommation.
Ceci s’explique principalement par des facteurs politiques, économiques et socioculturels. Premièrement, elles sont souvent ignorées dans les politiques agricoles publiques. L’intérêt économique immédiat privilégie les cultures de rente comme le cacao, le coton ou les grandes céréales (maïs). « L’État investit peu dans ces cultures car elles rapportent moins de recettes fiscales directes et sont principalement détenues par de petits ménages agricoles. Les producteurs tendent désormais à privilégier les cultures qui offrent des revenus plus prévisibles, contribuant ainsi à leur négligence progressive », souligne Dr. Koffi Kibalou Palanga, enseignant-chercheur en biochimie et biologie moléculaire à l’université de Kara.

« Les habitudes alimentaires évoluent. Plus on est en milieu urbain, plus on considère ces légumineuses comme des produits ruraux, et l’on se tourne plutôt vers des aliments importés » ajoute pour sa part Essohouna Modom Banla. A cela s’ajoutent des durées de cuisson prolongées qui découragent beaucoup de ménages urbains. La tradition culinaire ayant la peau dure, il convient de repenser la communication autour des légumineuses.
Faire des légumineuses une priorité nationale
« Il faut trouver le moyen de communiquer, d’aller vers le public pour amener la population à comprendre, rendre le message digeste et compréhensible pour les politiciens… afin qu’ils changent de mentalité et prennent les décisions qu’il faut », précise Koffi Kibalou Palanga. Essentielles à la sécurité alimentaire face au climat, les recherches sur les légumineuses nécessitent une diffusion efficace auprès des agriculteurs et des décideurs pour un impact réel. « Poursuivre les projets de recherche sur les légumineuses négligées pour identifier les variétés résistantes à la sécheresse (dans le contexte du changement climatique) et aux maladies, et celles offrant une stabilité de rendement, afin d’assurer la sécurité alimentaire. Intégrer les résultats de la recherche dans des projets incluant une partie vulgarisation obligatoire, pour faire connaître les avantages concrets aux producteurs et aux décideurs politiques », suggère le chef programme de l’ITRA. Il ajoute qu’il est important de mettre en place des initiatives pour accroitre l’interêt des population pour les légumineuses, comme le fait la politique du «consommé local» au Togo, en servant des aliments locaux lors des événements publics.
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